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des manifestations dans plusieurs villes


C’est la fin de la protection constitutionnelle du droit à l’avortement aux Etats-Unis. La Cour suprême, à majorité conservatrice, a décidé que c’est désormais aux États de légiférer à ce sujet. Même s’ils s’y attendaient, de nombreux Américains favorables au droit à l’IVG sont choqués. Ils ont manifesté dans de nombreuses villes à travers le pays, vendredi 24 juin, alors que sept États ont d’ores et déjà interdit l’avortement.

À New York, ils étaient plusieurs milliers sur la Place Washington Square de Manhattan, où s’est rendue notre correspondante Loubna Anaki. 

Judy Bryer est une vieille dame en colère. Elle qui a été arrêtée plusieurs fois lorsqu’elle manifestait pour le droit à l’avortement à la fin des années 60 a du mal à rester calme aujourd’hui. « Je n’aurais jamais imaginé qu’on en arriverait là, 50 ans après ! Je suis dégoûtée de voir ce que ce pays est devenu. »

Dans la foule, tous soulignent l’urgence d’agir, pour l’avortement, mais pas seulement. « Toutes ces décisions montrent le pouvoir détenu par cette Cour suprémaciste raciste. Ils sont déterminés à tout attaquer, de la contraception au mariage gay. L’avenir des États-Unis risque d’être fou. »

À New York, l’accès à l’avortement reste protégé par la loi de l’État et les autorités locales. Mais ce statut de refuge ne suffit pas à rassurer ou atténuer le choc de la décision de la Cour suprême. Surtout depuis que cette même Cour a annulé, jeudi, les restrictions sur le port d’armes en vigueur à New York. « On en est à se demander si les États vont pouvoir maintenir ces lois pro-avortement. Il n’y a aucune garantie ! », craint une femme.

Les appels à manifester devraient se poursuivre pour les prochains jours.

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Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue à New York vendredi 24 juin pour protester contre l'annulation du droit à l'avortement rendu possible par la Cour suprême.
Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue à New York vendredi 24 juin pour protester contre l’annulation du droit à l’avortement rendu possible par la Cour suprême. REUTERS – CAITLIN OCHS

« Ce sera le Colorado »

À Washington, c’est devant la Cour suprême qu’ils se sont rassemblés, a observé Guillaume Naudin, envoyé spécial permanent de RFI dans la capitale des États-Unis. Ils sont plusieurs centaines tout au long de cette journée de vendredi à crier, à chanter à manifester leur colère devant la clôture qui entoure la plus haute juridiction américaine.

Debbie Johnson a 63 ans. Toute sa vie d’adulte, elle a connu le droit constitutionnel à l’avortement et c’est pour elle un choc : « C’est un sentiment tellement terrible de penser que cette liberté que j’ai eue pendant des années et des années d’avoir accès à des soins de santé dont j’avais besoin n’existera plus. Et j’ai une fille de 27 ans. Je suis ici pour elle et pour ses amies. »

C’est que Debbie Johnson vient de l’Oklahoma, l’un des États qui veulent interdire l’avortement. Pour les femmes de son État qui veulent avorter, il faudra aller ailleurs. « Ce sera le Colorado désormais, dit-elle. Le Texas, bien sûr va interdire, comme le Kansas. Ce sera le Colorado, à une journée de voiture. »

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Le Colorado, c’est l’État de la représentante démocrate Diana DeGette. Quelques centaines de mètres plus loin, elle s’adresse à des militantes pour les inciter à voter aux prochaines élections : « Nous avons toutes droit à l’avortement. Nous avons toutes droit aux soins de santé et nous allons le faire savoir aux politiciens en novembre. »

Les démocrates et Joe Biden en tête veulent faire de l’avortement un enjeu des prochaines élections de mi-mandat. « C’est trop tard pour cette décision, mais ce n’est pas trop tard pour d’autres, espère Anna Davonzo, venue manifester. Comme le président l’a dit dans son discours plus tôt, les élections de mi-mandat arrivent. Et beaucoup de gens sont candidats à ces élections, à ces fonctions, ont la possibilité de changer ces décisions dans les États, de protéger ces droits au niveau des états. Donc je pense que c’est vraiment important que les gens continuent à se mobiliser et à garder cette énergie jusqu’aux élections de mi-mandat. Ce n’est pas terminé. Il y a 50 ans, il y avait des gens comme ma mère ou ma grand-mère, des gens qui se battaient pour cette décision, donc on ne peut pas laisser finir ça comme ça. »

Le département d’État « va rester totalement déterminé à faciliter l’accès à des services de santé reproductive et à favoriser les droits de la santé reproductive à travers le monde », a dit le secrétaire d’État a déclaré vendredi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.

Au Texas, des procédures d’IVG interrompues sur-le-champ

Après la décision de la Cour suprême, une poignée d’États s’est aussitôt saisi de la révocation de l’arrêt Roe vs. Wade par la Cour suprême. Le Missouri fut le premier, mais aussi le Mississipi. Un peu plus au sud, au Texas, une « trigger law » , une « loi-gâchette » sur l’avortement, s’est déclenchée à l’annonce de l’institution : dans trente jours, l’avortement sera totalement interdit même en cas de viol ou d’inceste. Depuis septembre 2021, cet État emblématique du Sud conservateur avait déjà restreint la possibilité d’avorter.

Notre correspondant à Houston, Thomas Harms, s’est rendu à la Clinique des femmes, la plus grande clinique abortive de Houston et quatrième des États-Unis, il y a celles qui sont consternées, comme Jo-Ann, venue aussitôt après son travail de nuit : « C’est vraiment révoltant, parce que je ne crois pas que ce soit normal de faire confiance pour la santé des femmes aux mêmes enfoirés qui pensent que l’avortement n’est utile qu’aux salopes et aux putes. »

Et il y a celles qui jubilent, comme cette militante catholique intégriste, Erika Martinez : « Je suis contente, je suis très heureuse de cette décision qui va sauver des vies. J’ai pleuré, j’ai pleuré d’émotion. »

Sur une bannière au-dessus de la porte de la clinique, on peut lire : « la Clinique des femmes de Houston ne délivre plus d’avortement ».

Au moment de la décision, dans l’établissement, le désarrois est énorme, tout le monde s’est mis à pleurer.

Les sages-femmes, mais aussi les patientes venues pour une intervention à qui l’équipe demande de rentrer chez elles : « Je leur ai dit : “on est vraiment désolé de la décision de la Cour suprême, mais l’avortement est maintenant illégal au Texas. Donc on ne va pas pouvoir continuer la procédure d’IVG” », explique Candy, infirmière dans cette clinique depuis un an. « Certaines n’y ont pas cru, d’autres ont pleuré, d’autres étaient en colère… Ce qui est compréhensible, leurs émotions sont légitimes. »

Ces femmes sont dirigées vers des organisations (Abortion Federation ou Reproductive Rights) qui peuvent les épauler pour aller dans un autre État et vers des fonds qui peuvent leur financer le transport. 



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