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[EN IMAGES] Plongée dans le monde du travail en Afrique


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« Que voyons-nous et que savons-nous du travail en Afrique ? » C’est le thème d’une exposition de photographies, textes et vidéos visibles et jusqu’au 30 avril à l’Alliance française de Nairobi. Elle rassemble les travaux de neuf photographes et chercheurs burundais, comoriens, français ou encore kényans. Une plongée à la fois sensible et documentée dans le quotidien souvent ignoré de travailleuses et travailleurs du continent.

De notre correspondante à Nairobi, 

La caméra s’attarde sur les gestes amples et sûrs d’un coupeur de canne à sucre. C’est l’extrait d’une des vidéos qui accompagnent cette exposition pensée en trois volets. Un premier, consacré « aux petits métiers urbains » : une mise en lumière sensible du quotidien précaire et souvent négligé d’une large majorité de femmes et d’hommes dans les villes africaines. On y voit, par exemple, le corps accablé de fatigue d’une travailleuse domestique aux Comores, au côté de la photo d’un éboueur fier de poser devant sa brouette pleine d’ordure à Addis-Abeba. 

Éboueur dans le quartier résidentiel de Kebena à Addis-Abeba en 2017.
Éboueur dans le quartier résidentiel de Kebena à Addis-Abeba en 2017. © Constance Perrin-Joly

Les travailleurs invisibles

Parmi les photographes exposés, le Burundais Pacifique Bukuru, auteur de la série « Une vie de Yaya ou le calvaire de Goreth ». On y découvre le quotidien et les rêves brisés d’une jeune Burundaise venue de la campagne à la ville, chez sa sœur, en quête d’un avenir. Elle sera en réalité exploitée comme « Yaya », comme sont appelées les jeunes travailleuses domestiques dans le pays.

La jeune Goreth, issue du monde rural, a migré vers la ville, où elle pensait trouver un avenir prometteur. Pourtant, dès le lendemain de son arrivée chez sa grande sœur, elle a découvert qu’elle serait astreinte à tous les travaux ménagers.
La jeune Goreth, issue du monde rural, a migré vers la ville, où elle pensait trouver un avenir prometteur. Pourtant, dès le lendemain de son arrivée chez sa grande sœur, elle a découvert qu’elle serait astreinte à tous les travaux ménagers. © Pacifique Bukuru

Avec cette série, Pacifique Bukuru souhaite lutter contre l’indifférence de la société vis-à-vis du calvaire qu’elles endurent : « Dans la plupart des cas, ces filles ne sont pas payées. Lorsqu’elles cassent une assiette, les employeurs leur disent : je ne vais pas te payer ce mois-ci. Et elles ne peuvent même pas aller se plaindre de peur de retourner à la campagne, à la misère à l’intérieur du pays.

Le problème, c’est que la société burundaise ne voit pas le danger et que cette persécution n’est pas reconnue. C’est comme si son employeur qui lui donne une chambre à coucher, de la nourriture pour diner le soir, était une faveur pour elle. Même les familles à l’intérieur du pays, quand on les interroge, les familles pensent que c’est une opportunité. Leur enfant est en train de chercher de l’argent, un petit 10 000 francs [4,48 euros] à Bujumbura. La plupart des gens n’interrogent pas le vécu de ces jeunes filles qui ne parlent pas pour dire de quelle manière elles sont maltraitées ».

Une féminisation du travail

Le second volet de l’exposition est consacré au travail dans les plantations. Parmi les clichés qui attirent le regard, celui d’une femme courbée en train de réparer des cordes pour la culture des algues à Zanzibar. Son visage est creusé. La légende nous indique son âge : 74 ans.

Mama Asha, 74 ans, répare ses cordes pour la culture des algues, Zanzibar, janvier 2013.
Mama Asha, 74 ans, répare ses cordes pour la culture des algues, Zanzibar, janvier 2013. ©Ania Gruca

Le troisième volet est une plongée dans l’industrialisation sur le continent. Il présente des images rares de femmes ouvrières au travail soudant par exemple des cellules photovoltaïques entre elles au Kenya ou triant des étiquettes en Éthiopie.

Ouvrières d'une usine de panneaux solaires, Naivasha, Kenya, février 2020.
Ouvrières d’une usine de panneaux solaires, Naivasha, Kenya, février 2020. © Tom Durand

Une manière pour les commissaires de l’exposition de rappeler que comme ailleurs, l’industrialisation en Afrique s’accompagne d’une féminisation du travail et de se démarquer de représentations misérabilistes réduisant le monde du travail en Afrique à son seul au secteur informel.

 African Workplaces, une exposition à découvrir jusqu’au 30 avril à l’Alliance française de Nairobi



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