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La médiation, instrument clé de la diplomatie qatarie



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Cela fait plusieurs années que le Qatar cherche à devenir un médiateur incontournable non seulement au Moyen-Orient, mais aussi à l’international. Soudan, Yémen, Liban, puis entre Washington et Téhéran mais aussi entre Washington et Kaboul … Le petit émirat gazier du golf, déploie énormément d’efforts pour s’imposer dans la gestion des conflits et prend soin d’accroitre son influence. Depuis plusieurs mois, Doha s’est également impliquée comme médiateur au Tchad pour engager un dialogue national, faisant de la médiation, un instrument clé de la politique étrangère du Qatar.

Le Qatar essaie de « réinventer sa posture de médiateur d’avant 2011 », estime David Rigoulet-Rose chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste du Qatar. Ce pays rappelle-t-il avait « des ambitions un peu démesurées lors du printemps arabe : à travers la mouvance islamiste, le Qatar a joué un rôle proactif comme en Libye ».

Des ambitions qui lui ont valu un déclin et le boycott des pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) soutenu par l’Égypte. Accusé d’aider le terrorisme, le Qatar a alors été exclu de cette instance en 2017.

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Ce boycott qui a réduit sa marge de manœuvre a finalement poussé le Qatar « à reprendre le rôle qui était le sien et à se réinventer », précise le chercheur de l’Iris qui indique que le petit émirat gazier a bénéficié d’une série de « circonstances plutôt favorables » qui lui ont permis de se présenter comme un « go between, (un intermédiaire), notamment entre Américains et talibans voire virtuellement entre l’Iran et les États-Unis », affirme- t-il.

Un rôle dessiné avec les grandes puissances

Avec la multiplication de ses médiations, Doha fait preuve d’une grande disponibilité et cherche à s’imposer dans l’échiquier géopolitique régional. Un rôle salué par l’actuel secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres qui considère la capitale qatarie comme une « plateforme du dialogue mondial ».

C’est aussi par souci d’acceptabilité internationale, que le Qatar a développé un savoir-faire. D’abord avec le très présent ancien ministre des Affaires étrangères Hamad Ben Jassim, mais aussi avec les ressources dont l’État dispose. L’ouverture de l’émirat vis-à-vis des mouvements d’oppositions – dont les mouvements islamistes – lui ont donné « les outils nécessaires pour entamer des médiations, qui ont souvent réussi », précise de son côté le politologue Hasni Abidi.

Autre point important sur lequel insiste le directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève : « Cette volonté du Qatar d’accroitre son influence, ne se fait qu’avec la bénédiction des grandes puissances », et notamment des États-Unis, comme ce fut le cas en Afghanistan. Cela se fait parfois également de concert avec d’autres puissances européennes : « Il est difficile d’imaginer le Qatar jouer le médiateur dans certains conflits qui relèvent de la sécurité régionale sans l’accord et la volonté des grandes puissances », conclut Hasni Abidi.

Le Qatar et le Tchad une relation pas si facile

Entre le Qatar et le Tchad, les relations n’ont pas toujours été faciles. Lors de la crise du Golfe, en 2017, leurs ambassades respectives ont été fermées. Le Conseil de coordination du Golfe (GCC), a exclu le Qatar et pris parti pour l’Arabie saoudite. Le Qatar accueillait sur son territoire des rebelles tchadiens dont Timane Erdimi, le ténor de cette opposition politico-militaire devenu président du Rassemblement des forces pour le changement.

Mais l’arrivée au pouvoir du nouveau président du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Deby a constitué selon le politologue Hasni Abidi « un tournant dans les relations entre les deux pays ». Lors d’une visite effectuée à Doha en septembre 2021, c’est le fils d’Idriss Deby, qui, a officiellement demandé la médiation de l’émir du Qatar en vue d’une réconciliation nationale.

Médiation à l’initiative du Tchad

Deby était alors « conscient de l’influence du Qatar sur une partie de l’opposition politico-militaire qui réside à Doha », précise le politologue Abiddi. Conscient aussi des « efforts fournis auparavant par la diplomatie qatarie pour résoudre plusieurs conflits dans la région, surtout au Soudan, (il, ndlr) formule sa demande ». Doha a accepté et un comité a été formé pour préparer l’actuel pré-dialogue.

Cette médiation qatarie reste cependant problématique pour Paris qui la suit de près, selon Hasni Abidi, « Doha possède de bonnes relations avec la Turquie – qui lorgne sur cette région proche de la Libye – et avec la Russie qui cherche également à consolider sa présence dans cette région ».



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