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les États insulaires en développement en première ligne



L’éruption volcanique qui s’est produite le 15 janvier dernier au large des îles Tonga et les vagues submersives qui ont suivi ont remis un coup de projecteur sur la fragilité des petits États insulaires. La menace posée par l’élévation du niveau de la mer est la pierre angulaire des négociations sur le changement climatique. Mais les îles tropicales, font aussi face à l’augmentation des températures océaniques de surface, l’évolution des événements météo marins intenses. 

Les risques pour les îles tropicales sont multiples : ce n’est pas nouveau, la hausse du niveau de la mer suscite une inquiétude palpable. « Il y a bien sûr d’une part ces effets physiques, une montée du niveau des mers et ses conséquences, une intensification des cyclones tropicaux également », souligne Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et co-présidente du GIEC (Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

« Mais on a d’autres conséquences : par exemple, le fait que dans l’océan, on a des vagues de chaleur marine plus fréquentes, plus longues et plus intenses, dans un climat qui se réchauffe. Cela entraîne une dégradation et une acidification de l’océan qui exercent un stress supplémentaire. Et on voit déjà, dans les régions tropicales, une baisse du potentiel de prise de pêche.»

Les scientifiques pointent d’autres menaces bien réelles et immédiates. « La disparition des coraux est quelque chose de plus rapide encore. Depuis 30 ans, on a perdu à peu près 50% de la couverture corallienne », explique Gonéri Le Cozannet, chercheur au BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières), où il étudie les risques de submersion marine liés au changement climatique. « C’est lié à l’intervention humaine, à la pollution. Les coraux sont extrêmement importants pour casser les vagues à l’entrée des petites îles tropicales et cela protège contre les submersions marines ». Selon le chercheur, si l’on accède au 1,5°, on perd 70% des coraux restants. 

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Risques importants 

Si le réchauffement climatique n’est pas contenu d’ici à 2050, on pourrait perdre du littoral, des territoires, mais on peut s’attendre à une intensification des phénomènes naturels, selon Valérie Masson-Delmotte. « À l’horizon 2050, on s’attend à ce que les niveaux marins extrêmes, qui ne se produisaient qu’une fois par siècle, se produisent 20 à 30 fois plus fréquemment dans le monde. Et pour 20 à 30% des littoraux, au lieu de se produire une fois par siècle, ce serait tous les ans ou davantage ».

Ce sont les habitants de ces îles tropicales qui subiront ces intensifications des phénomènes. « Les petits États insulaires en développement hébergent à peu près 65 millions de personnes, dont 80% vivent près des côtes », pointe Valérie Masson Delmotte. Ils font déjà face à des problèmes d’inondations, de submersion et d’érosion côtière et certains de ces atolls seront inhabitables vers le milieu de ce siècle.   

Il y a des enjeux de fertilité, de potabilité des lentilles d’eau douce : elles sont importantes car elles fonctionnent un peu comme une nappe phréatique, c’est-à-dire qu’elles permettent de séparer l’eau douce de l’eau salée. Les préserver en état, c’est empêcher une forme de « pollution » : si l’eau douce rencontre l’eau salée, l’agriculture est rendue impossible par exemple. Et sans agriculture, la survie d’un peuple est menacée. 

Selon Gonéri Le Cozannet, la première urgence est de limiter le réchauffement climatique à 1,5°. « Si ce n’est pas possible, 2°, mais 1,5° c’est ce qui permettrait de maintenir des coraux ». Selon le chercheur, cela signifie opérer la transition énergétique extrêmement rapidement et donc non seulement atteindre le net zéro au milieu du siècle, mais dès 2030, diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre en France et dans d’autres pays. « La deuxième urgence est de se préparer à l’adaptation, c’est-à-dire, comment est-ce qu’on va traiter finalement la réponse à l’élévation du niveau de la mer ? »

Nécessité d’atteindre un réchauffement stable à 1,5° voire 2° 

Valérie Masson Delmotte insiste : « S’il n’y a pas une action plus forte sur les émissions de gaz à effet de serre, on s’attend par exemple à ce qu’on atteigne environ un mètre de montée du niveau des mers au cours du prochain siècle ». Ce qui est extrêmement préoccupant pour l’ensemble de ces petites îles. « Si on réduit davantage les rejets de gaz à effet de serre, cela veut dire qu’on gagne du temps, c’est-à-dire qu’on atteindrait dans ce cas-là un mètre de montée du niveau des mers plusieurs dizaines d’années plus tard. Et ça donne d’autant plus de temps pour se préparer ».

Il y a pour le moment plusieurs solutions possibles, explique Virginie Duvat, auteur principal du chapitre « petites îles » du 5e rapport du GIEC : ériger des digues pour éviter la submersion, bâtir sur les hauteurs, ou encore des solutions fondées sur la nature. « Cette solution est extrêmement précieuse dans les îles tropicales qui sont fortement dépendantes de leur environnement côtier et marin, récifs coralliens, mangroves, herbiers, systèmes côtiers végétalisés ». Ce sont ces solutions qui consistent à mieux protéger, mieux gérer les écosystèmes existants et à, lorsque cela s’avère nécessaire, restaurer ou recréer des écosystèmes qui amortissent la submersion. « On sait par exemple qu’une mangrove qui est suffisamment alimentée en sédiments a la capacité de piéger ces sédiments, et par conséquent à permettre l’élévation du niveau de la mer et remonter le niveau de base du sol ».

À écouter aussiPourquoi la mangrove ?

Autre exemple que la chercheuse met en avant : il est absolument crucial de re-végétaliser les côtes. « Il faut protéger le système dunaire et faire en sorte de fixer finalement les sédiments des dunes. Parce que la dune, c’est finalement la dernière barrière naturelle avant que les vagues atteignent à des espaces aménagés ». 

Scénario pessimiste

Aujourd’hui, il est important de faire le lien entre la mitigation, c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation qui consiste à déployer les différentes solutions – l’ingénierie côtière, la défense lourde, l’accommodation et celles fondées sur la Nature – face à la submersion marine.

Mais dans un scénario où l’on ne parvient pas à limiter le réchauffement climatique, beaucoup de ces solutions seront caduques. « Réduire les émissions de gaz à effets de serre, c’est se garder plus longtemps et de manière plus forte, des marges de manœuvre pour pouvoir réaménager les territoires », argumente Virginie Duvat. 

« C’est absolument vital ». Elle explique que ce sont des territoires qui sont en première ligne : la grande difficulté, c’est qu’ils subissent des chaînes d’impacts qui sont extrêmement complexes et qui activent tous les domaines de la vie en société. « Ce sont des territoires sur lesquels un impact sur l’environnement va finalement avoir des effets en cascade sur la santé de la population, sur l’ensemble des activités économiques, jusqu’à finalement créer du départ, de l’immigration, jusqu’à risquer de créer une situation d’instabilité politique ». Ce sont des territoires « de l’extrême » qui ont une capacité d’absorption de ces crises beaucoup moins fortes que les territoires continentaux.  



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