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Johnson «commence à représenter un embarras énorme pour les députés»



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Semaine noire pour Boris Johnson. Embourbé dans une série de scandales, qui le fragilise un peu plus en pleine résurgence épidémique, le Premier ministre britannique a dû faire face mardi à la fronde de députés conservateurs, 99 d’entre eux refusant de voter pour l’instauration de nouvelles mesures restrictives face à la flambée du variant Omicron. Mesures finalement adoptées grâce aux voix de l’opposition travailliste. Jeudi, son parti a par ailleurs été défait lors de la législative partielle du North Shropshire, l’un des plus vieux bastions des conservateurs. Trois questions à Agnès Alexandre-Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne.

RFI : Le Premier ministre britannique dit « assumer » la responsabilité d’une défaite du Parti conservateur à la législative partielle du North Shropshire. Ce revers a été interprété par le chef de file des Tories, Oliver Dowden, comme un signe du « ras-le-bol » des électeurs. Boris Johnson est-il sur un siège éjectable ?

Agnès Alexandre-Collier : Ce qui est clair, c’est que les Britanniques sont en train de perdre patience face à leur Premier ministre, après la succession de scandales qui ont entaché son gouvernement. Le point culminant a été cette élection partielle dans les Midlands. La circonscription du North Shropshire, très rurale, avait voté massivement pour le Brexit. Elle était acquise au Parti conservateur depuis 1983. Et là, non seulement les conservateurs perdent cette élection partielle, mais au profit des Libéraux-démocrates qui sont le seul parti pro-européen de l’échiquier politique.

Il y a, effectivement, une crise de confiance envers Boris Johnson, à laquelle s’est ajoutée la défection de près d’une centaine de députés conservateurs au moment du vote de la loi sur les restrictions face à l’épidémie. L’avenir de Boris Johnson à la tête du gouvernement pourrait être menacé en cas d’élection à la direction du Parti conservateur. Mais pour cela, il faudrait que 15% des députés en fassent la demande, ce qui représente une cinquantaine de députés. On imagine mal que ça se produise avant Noël. Bien sûr, tout est encore possible après les fêtes. Si les scandales se multipliaient et si les réponses embarrassées de Boris Johnson continuaient d’inquiéter les conservateurs britanniques, on pourrait imaginer que cette demande de nouvelle élection à la tête du parti aboutisse.

Dans l’hypothèse, pour le moment peu probable, où Boris Johnson serait écarté, qui pourrait-il lui succéder à la tête des conservateurs ?

La figure montante, c’est le ministre des Affaires étrangères, Liz Truss. Elle a une histoire particulière chez les conservateurs : elle a débuté sa carrière chez les Libéraux-démocrates, lorsqu’elle était étudiante, avant de rejoindre les Tories et d’amorcer un virage très à la droite du parti. En 2013, elle a été signataire d’un pamphlet assez ultra-libéral. Elle apparaît aujourd’hui comme une candidate tout à fait plausible pour prendre la suite du parti. Rishi Sunak, le ministre des Finances, est plus jeune, peut-être plus consensuel que Liz Truss, mais aussi moins connu. Et il est très populaire. Tous deux sont des candidats sérieux. Mais il est clair qu’aux élections de décembre 2019, qui ont vu un raz-de-marée électoral pour les conservateurs, de nombreux électeurs ont surtout voté pour Boris Johnson et peut-être un peu moins pour le Parti conservateur. Je ne sais pas si les députés seraient prêts à sacrifier leur leader, aussi incompétent et menteur soit-il, pour le remplacer par quelqu’un d’un peu moins consensuel auprès des électeurs.

Boris Johnson devient-il embarrassant pour son parti ?

Il commence à représenter un embarras énorme pour les députés. Il est difficile de savoir comment réagiront les électeurs conservateurs, dont la plupart sont très favorables à la position du parti qu’a défendue Boris Johnson, « get Brexit done », c’est-à-dire mettre un terme aux négociations et engager la sortie du pays de l’Union européenne. Le Premier ministre britannique représente encore, semble-t-il, l’espoir de voir aboutir ce Brexit. Tout dépend de la façon dont les affaires vont évoluer, parce qu’il y a eu bon nombre de révélations et de scandales, qui semblent n’être que la pointe de l’iceberg. On peut donc imaginer qu’aussi bien ces scandales que les réponses très insatisfaisantes fournies par Boris Johnson, puissent menacer son statut dans les mois qui viennent.

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